Authenticité, Dépassement de soi, Connexion au corps, Zéro regret
J'ai passé des années à fuir mon corps, à le cacher sous des vêtements amples et à le contrôler jusqu'à l'épuisement.
Aujourd'hui, j'aide les femmes à faire exactement l'inverse : habiter leur corps, danser leur vie, oser leur sensualité.
Ce chemin, je l'ai payé cher, et voici comment.
Chapitre I
Mon intimité volée à 13 ans
J'ai 13 ans, et un matin comme les autres au collège, j'allume mon téléphone, et là, je vois des photos de moi, des photos intimes… Mon corps est exposé sur Internet, sans mon accord, sans qu'on me demande rien. Je me souviens de cette sensation d'être salie, d'être devenue un objet. D'un coup, je n'étais plus Aline, mais « la fille des photos ». Mon corps était devenu visible beaucoup trop tôt, de la pire des manières. Ce corps qui commençait à peine à se transformer, que je découvrais moi-même, était soudain devenu public, commenté, jugé et moqué.
Le regard des autres a changé du jour au lendemain. Les chuchotements dans les couloirs, les ricanements, cette impression que tout le monde savait quelque chose sur moi que je n'avais pas choisi de partager. Alors j'ai fait la seule chose qui me semblait logique : disparaître.
Vêtements amples, couleurs ternes, plus de sorties, plus d'alcool, plus de fêtes, plus rien qui puisse attirer l'attention sur moi. Je suis devenue l'étudiante parfaite. Celle qui a des bonnes notes et qui ne fait pas de vagues, celle qu'on ne remarque pas pendant 6 ans. J'avais coupé le contact avec mon corps, avec ma féminité, avec tout ce qui faisait de moi une femme. Je me suis construite une armure d'invisibilité car si personne ne me voyait, personne ne pourrait plus me faire de mal. Le problème, c'est qu'à force de me rendre invisible aux autres, je suis devenue invisible à moi-même, et je ne savais plus ce que je ressentais, ce que je voulais, ce qui me faisait vibrer. J'avais éteint quelque chose en moi pour survivre.
La morale
Ce qui t'a brisé peut devenir ta mission. Le corps qu'on t'a appris à fuir peut devenir ton plus grand allié. Et on sous-estime ce qui est possible de faire avec son corps et l'impact direct et indirect que ça a dans sa vie.
Chapitre II
La danseuse qui ne pouvait plus bouger
J'ai commencé la danse à 6 ans, du classique, du modern jazz, puis la danse orientale pendant plus de 10 ans.
J'étais douée pour reproduire des chorégraphies : je pouvais mémoriser des enchaînements complexes et les exécuter avec précision. Chaque mouvement était millimétré, contrôlé, et maîtrisé. C'était rassurant cette structure, ces pas à suivre, et ces règles à respecter.
Mais dès qu'on me demandait d'improviser, mon corps se paralysait littéralement : plus rien ne bougeait, comme si quelqu'un avait appuyé sur pause. Je restais là, figée, pendant que les autres autour de moi se laissaient porter par la musique. Je dansais depuis des années, mais je ne savais pas danser librement. Je savais exécuter, reproduire, et performer, mais lâcher prise, laisser mon corps décider, c'était impossible, trop dangereux, trop exposant et trop vulnérable.
Et puis un jour, à 25 ans, mon corps a dit stop : j'étais clouée au lit pendant plusieurs jours, épuisée, le dos en miettes, en arrêt maladie. Mon corps que j'avais passé des années à contrôler, à ignorer, à faire taire, avait décidé de prendre la parole, et il hurlait… C'est là que j'ai compris : toute cette rigidité qui me « protégeait » était en train de m'emprisonner. Ce contrôle permanent était une cage que j'avais construite moi-même…
J'ai commencé à danser dans la nature, dans la forêt, toute seule, à l'abri des regards indiscrets : je mettais de la musique et je laissais mon corps bouger, en priant pour que personne ne me voie, parce que je ne savais pas à quoi ça ressemblait. Mais finalement, je m'en fichais : pour la première fois, je ne dansais pas pour être regardée, mais je dansais pour moi. Au début, c'était maladroit, bizarre, inconfortable, et mon corps ne savait pas quoi faire sans instructions. Puis petit à petit, quelque chose s'est débloqué en découvrant différents styles de danse libre, en expérimentant différentes façons de danser via la danse thérapie et la danse extatique, et en m'immergeant dans des communautés qui ont pu me faire vivre et voir les choses différemment, et surtout avec les rencontres de personnes qui avaient déjà parcouru ce chemin et qui ont pu me guider. Pas seulement dans ma danse, mais également dans ma vie entière, mes relations, ma façon de m'exprimer et ma capacité à dire ce que je pensais vraiment. Comme si en libérant mon corps, j'avais libéré tout le reste.
La morale
Quand tu libères ton corps, tu libères ta vie, ta manière de vivre, ta façon de voir la vie, de te comporter, de te voir, et d'interagir avec les autres. La rigidité qui te protège finit toujours par t'emprisonner.
Chapitre III
Paralysée par le noir
Pendant les premières années de ma vie, j'ai fait des terreurs nocturnes, des convulsions, des hurlements… Ma mère passait des nuits entières à me tenir, à essayer de me calmer. Ça a laissé des traces profondes, inscrites quelque part dans mon système nerveux.
À l'adolescence, j'étais incapable de rester seule chez moi quand il faisait nuit. Incapable de sortir seule dans le noir. La nuit tombait et quelque chose en moi se mettait en alerte maximale, avec une peur viscérale, irrationnelle et incontrôlable. Je me souviens d'un soir où je me suis retrouvée avec un couteau à la main, recroquevillée dans un coin de chez moi, à attendre un danger imaginaire, une menace qui n'existait que dans ma tête, mais mon corps, lui, était convaincu que le danger était réel.
J'ai une copine qui habitait à 20 minutes de route dans le noir : pour aller chez elle, c'était un effort colossal car chaque trajet était une bataille. Mon cœur qui s'emballe, les mains moites et les yeux qui scrutent chaque ombre. Cette peur me limitait dans tout : mes sorties, mes choix, ma liberté… J'organisais ma vie entière autour de cette terreur et je refusais certaines invitations. Je calculais mes trajets pour éviter de rentrer trop tard et je dépendais des autres pour me sentir en sécurité.
Alors j'ai décidé de me battre petit à petit, pas d'un coup, pas en mode héroïque, mais un petit pas après l'autre. D'abord ces 20 minutes de route, puis un déménagement seule à Lyon, à 4 heures de chez mes parents. Pendant le COVID, je sortais exprès sans téléphone pour me challenger et pour me prouver que je pouvais survivre sans filet de sécurité.
Chaque petite victoire en amenait une autre, et chaque peur affrontée me rendait un peu plus libre. Et en 2024, j'ai fini par voyager seule pendant 3 mois en Indonésie, à l'autre bout du monde. La fille qui ne pouvait pas traverser un parking la nuit a fini par traverser le monde.
La morale
La confiance se construit pas à pas, et ce qui te paralyse aujourd'hui peut devenir ta plus grande liberté demain.
Chapitre IV
Plusieurs heures suspendue au-dessus du vide
En septembre 2025, j'étais à La Réunion au cirque de Cilaos. Je fais une rando avec une amie, et on décide de monter sur une crête pour sortir le drone pour avoir des images magnifiques de ce paysage volcanique. Le drone décolle, fait quelques manœuvres, puis prise par ce paysage magnifique, j'en oublie qu'il se décharge pour atterrir le long d'une paroi. Je décide d'aller le chercher car il n'est pas si loin, je peux y arriver, et surtout c'est un cadeau auquel je tiens.
Mais là, le sol volcanique s'effondre sous mes pieds : je tombe, je me rattrape à une branche, et mes pieds sont dans le vide. La branche est instable et craque légèrement sous mon poids. En dessous de moi, des centaines de mètres de vide, le précipice, la mort si je lâche. Le seul endroit où poser mes pieds est une pierre à peine de la taille de ma voûte plantaire, avec tout mon poids dessus. À force, mes muscles commencent à tétaniser, mes jambes tremblent, mes bras brûlent de l'effort de me maintenir et je sens chaque seconde passer comme une éternité. Je prends mon téléphone : il me reste 9 % de batterie, alors chaque appel compte, chaque pourcentage compte. J'appelle un ami qui avait déjà fait du secourisme et qui connaît très bien les montagnes de la Réunion, mais je tombe sur sa messagerie… Je contacte alors un militaire rencontré deux semaines avant mais il est à deux heures de route… Je finis par avoir les coordonnées d'autres secouristes qui viennent me chercher, enfin.
En attendant, le froid s'installe, les nuages descendent et m'enveloppent, les cailloux tombent autour de moi. Ces bruits me rappellent à chaque instant où je suis, ce que je risque…
Mon amie qui est au-dessus, est impuissante : elle me parle, essaie de me garder calme, mais ne peut rien faire d'autre qu'attendre avec moi.
Puis, quelque chose de bizarre s'est passé : j'ai arrêté d'avoir peur, complètement, comme si un interrupteur s'était éteint. Une certitude m'a envahie, claire comme le jour : « J'aime trop la vie pour mourir aujourd'hui. » Plus de stress, plus de panique, juste cette évidence, et j'avais cette conviction absolue que j'allais m'en sortir, que ce n'était pas mon heure, et que j'avais encore trop de choses à vivre, à faire et à donner.
Un hélicoptère finit par arriver : le bruit des pales au-dessus de ma tête, le secouriste descend en rappel, m'attache les sangles, et je remonte suspendue dans le vide, mais cette fois en sécurité. Quand j'ai posé les pieds sur le sol stable, j'ai su que plus rien ne serait pareil, que chaque jour était un cadeau, que je n'avais plus le temps d'avoir peur de vivre.
La morale
Cette expérience m'a rappelé que la vie peut s'arrêter plus subitement qu'on le pense alors vis aujourd'hui comme si c'était le dernier jour sans aucun regret sur son lit de mort.
Mon histoire en images
Envie d'en parler ?
J'ai mis des années à comprendre que mon corps n'était pas mon ennemi, qu'il n'était pas là pour me trahir, ni me faire honte ou me mettre en danger : il est là pour me porter, me faire vibrer et me connecter à ma puissance.
Aujourd'hui, j'accompagne les femmes qui ont appris à se couper de leur corps, de leur sensualité et/ou de leur féminité, ainsi que celles qui sont connectées à leurs émotions, leurs sensations, mais pas à l'aise dans leur corps, et souhaitent être vues comme une femme.
Si tu sens que tu vis à côté de ton corps, que tu le contrôles au lieu de l'habiter, que tu as oublié ce que ça fait de te sentir vivante, désirable, et libre, alors on a peut-être des choses à faire ensemble.